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Chronique dune journe particulire - 6
- Issamy
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19 10 2017 - 20:58


 

[...]
Fin de l'pisode 5 - Le patriarche assume son rle de chef de la famille
La fille, valeur dprcie Bent Mohand en est tellement convaincue quelle nappelle les filles que valeur dhumiliation, est certes dclasse par rapport ses frres, cependant, sa condition de fille unique pour le moment, lui permettait de prtendre un statut meilleur que celui que lon accordait en gnral aux filles.i

6 - Rveille-toi! Ton pre te dit daller apporter un peu de handiya du souk
La petite socit commena sanimer. On entendait le va-et-vient dans la cour, les fracas des ustensiles de cuisine, le chuchotement de Sbah Al Khir (Bonjour), les raclements de gorges, et autres caractristiques dune matine ordinaire dans toutes ses apparences. Comme dans une fourmilire, chaque membre sadonnait avec une spontanit routinire la tche que son ge, son rang et son degr de responsabilit lui confraient. Fatima, laxe principal atour duquel sarticulaient toutes les autres responsabilits domestiques, aprs avoir rappel son mari quil tait temps daller travailler et constat que son bb allait bien et quil dormait paisiblement, se dpcha dentamer sa journe de labeur qui commenait de bonheur et finissait tard dans la soire. Auparavant, il lui fallait sassurer que ses enfants vont toujours bien. Alors, ce matin, comme tous les matins passs et aussi venir, elle se dirigea vers le portique demi clos par un mur et dont le reste de son espace est ouvert sur la cour intrieur, ciel ouvert, o dormaient, non loin de leur oncle encore adolescent Abdallah, ses deux garons; quant la fille, elle se blottissait contre sa tante yamina qui attendait convoler en justes noces, lautre extrmit du portique. Comme il faisait trs chaud et que les deux garons avaient rejet la couverture au-del de leurs pieds, elle les observa de pied en cap et hsita les recouvrir tellement ils fondaient en sueur. Par la mme occasion, elle se tourna vers Yamina, la secoua lgrement et lui chuchota:
lve-toi pour allumer le feu. Bientt tous vont venir prendre le petit djeuner.Elle se hta, ensuite, ptrir le pain, aliment fondamental dans la nourriture de la famille.
Sans le moindre rechignement, quelques minutes plus tard, en plein milieu de la cour, Yamina saffairait dj remplir, de charbon de bois, le brasro, en installant dessus boujoual ou riage, un conduit de fume, fabriqu avec un bidon cylindrique auquel on te la base et le couvercle, pour acclrer la combustion et viter que la fume ne sparpille dans la maison.
Le temps dactivit de la communaut tant calqu sur celui du soleil, lexception des horaires des tablissements modernes : lcole et les administrations, qui, videmment, suivent un rythme fixe indpendant de la volont du dieu R la journe du travail se dilate en fonction des saisons. Durant toute la priode estivale o laube et le crpuscule stirent plus que durant toutes les autres saisons, la journe de travail du patriarche devenait trs fatigante. Heureusement pour lui il avait ses deux petits fils quil mettait contribution dans ses activits quotidiennes durant les vacances scolaires sous le prtexte de leur apprendre tre des hommes, autrement dit tre responsables. A contrario malheureusement pour ces derniers, qui sen trouvaient privs de la possibilit de profiter de leurs vacances ; cette priode de rpit pour oublier et sen remettre des perscutions auxquelles une politique scolaire tyrannique soumettait tous les coliers. Pour ce faire, il instituait un planning doccupation partag entre lui et ses petits fils. Le matin et ds que le soleil pointe son premier rayon, alors que les petits fils prolongeaient leur sommeil jusqu ce que le repas du matin soit dispos sur la table basse, il lui revenait douvrir lpicerie pour capter le flux matinal de demande de produits alimentaires que ncessite la prparation du petit djeuner et les tches mnagres qui saccomplissent de bonheur. Ds que la dernire bouche du petit djeuner ft avale, le relais de la responsabilit de lpicerie passait lun des deux ; lautre tait ipso facto soit astreint aider le patriarche, le jour de march, faire les courses pour les cellules intra et extra maisonne, soit se retrouver libre disposer de son temps comme il lentendait. La rgle, tait quils sarrangeaient entre eux pour concocter un planning de partage quitable des responsabilits qui leur incombaient, mme si la triche tentait lun et lautre en fonction des distractions auxquelles ils sadonnaient.
Le patriarche, demanda a femme daller rveiller Abdallah, tout dsign pour aller acheter la handiya. On ne drange pas les adultes et encore moins les femmes en vertu de leur statut de dpt de lhonneur de la famille. Et puis les courses supposent le fait de se mler la foule masculine du souk, ce qui signifie, selon la reprsentation collective, jeter la femme qui sy rend en pture aux convoitises de toutes sortes. Ne dit-on pas que lhomme est la digue qui protge la femme?
Bent Mohand, nattendit pas dtre arrive prs de son fils clibataire et commena sacquitter de sa mission ds quelle eut atteint le milieu des escaliers. Elle lappela deux ou trois reprises et ne reut que la rponse de Fatima, qui, aprs lui avoir adress un sbah Al Khir Lalla (bonjour madame), lui dit:
Il dort encore! Il est encore tt pour le rveiller
Son pre veut quil aille au souk acheter un peu de Handiya..
Fatima Baisa le sommet du crne de la vieille et sen alla continuer sa tche. Bent Mohand, se pencha sur la tte dAbdallah, le secoua avec douceur et lui chuchota:
Rveille-toi! Ton pre te dit daller apporter un peu de handiya du souk
Pour toute rponse le jeune homme se retourna et se mt sur son autre flanc, tout en marmonnant en guise de rponse:
hum! Hum !
Lve-toi avant quil ne descende Avant quil ne vienne te tancer
A peine lui eut-elle fait ce rappel, quil se mt sur son sant en protestant:
Ouf ! Lui, il na choisi que ce matin pour manger lhandiya ! Et puis il fait encore sombre Il nya encore personne au souk.
dtrempe-toi, le soleil est dj lev. Yallah ! Yallah !(4) Lve-toi, le voil qui descend les escaliers
La norme sociale en matire de relations entre les membres dune famille est lobissance quasi aveugle lascendant mle dominant. Cest une situation la limite de la servitude filiale. Ce qui est considr comme naturellement d est renforc par des prescriptions religieuses mettant les parents au deuxime rang dans la hirarchie du respect aprs Dieu et son prophte. Toute rbellion est sanctionne par un bannissement de la famille; et quand ce nest pas un bannissement gographique, il est relationnel.
Le bruit des pas du patriarche et les raclements successifs de sa gorge reconnaissables de loin, envoyrent une dcharge lectrique dans le corps dAbdallah, qui se mit debout et cherchait dj ses tongs pour partir.
Alors, o est largent pour acheter lhandiya ? dit-il pour manifester sa volont dobir
A la vue du patriarche qui descendait majestueusement les marches, tous les membres de la maisonne rveills accoururent au pied de lescalier pour lui tmoigner leur dfrence et leur soumission en lui disant sbah lkhir (bonjour), dans une forme de respect proche de la sacralit, et lui baiser la main quil tendait dj, par habitude, ds quil ne lui restait que deux ou trois marches descendre.
Abdallah fut le dernier accomplir ce devoir filial. Sans attendre que son pre lui renouvelle lordre, prit les devants et demanda combien il achterait, en termes dargent, de handiya. Le pre lui tendit dix douros (cinquante centimes) et lui prcise avec insistance dans le ton:
Voici dix douros, choisis la meilleure handiya et les plus grosses units, fais attention ! Ah!
Abdallah prit la pice jaune se dirigea vers le robinet deau install sous les escaliers entre le lieu daisance et le commencement de la rampe, saspergea la figure de deux ou trois poignes deau et saisit le panier en feuilles de palmier nain que lui tendait dj sa sur. Il neut pas besoin de se changer, car comme pour la majorit des hommes et femmes de la ville, le pyjama tait encore un petit luxe auquel on ne pensait gure. La culture ancestrale aidant, on ne sembarrassait pas de se changer frquemment.
Le patriarche qui tait en train douvrir la porte deux battants de lpicerie, insista auprs de son fils, qui passait prs de lui, de faire vite et de ne pas traner comme son habitude.
Le souk ou plus exactement la place o se vendait la handiya, tait environ six cents mtres en direction de la mosque. Elle se situe au pied du mur nord de lenceinte de la caserne militaire. Fonde par les autorits du protectorat franais au dbut du sicle dernier, cette garnison continue dabriter un corps de troupes destin servir de gardes frontires. Le recouvrement de la souverainet nationale en 1956 a apport la paix et rconcili les marocains avec linstitution de lenseignement moderne, qui tait considr comme un vecteur de la colonisation. Il en rsulta un engouement massif des populations pour la scolarisation de leurs enfants. Aprs lindpendance, la diminution de limportance militaire de la ville entraina de facto la rduction des effectifs des troupes militaires appartenant larme marocaine qui se substiturent aux armes coloniales dans cette caserne et la libration, en consquence, de plusieurs de ses btiments. Ce qui fut une aubaine mise profit pour palier linsuffisance criante des salles de classes pour lenseignement primaire qui connut une explosion de ses effectifs au cours des premires annes de lindpendance. Dautres lieux tout aussi dsaffects entirement ou en partie furent rcuprs par le nouvel Etat pour faire face ce flux dpassant toutes ses capacits.
Le souk de la handiya, comme son nom lindique se tenait tous les matins spcifiquement pendant la saison de ce fruit sauvage. Il tait frquent, du ct des vendeurs, par de pauvres hres venus de la campagne environnante pour recueillir une modique somme de quelques douros (un douro vaut cinq centimes de dirham) quils utilisaient comme appoint aux maigres ressources de leurs familles paysannes pauvres qui survivaient au niveau le plus bas. Du ct des acheteurs la comparaison tait entirement soutenue. En effet, pour les citadins ahfiriens, notamment les jeunes, tre un consommateur de ce fruit sauvage tait tout aussi, comme ltait sa vente, un emblme de lextrme pauvret. Dans la mmoire collective, le profil des consommateurs de la handiya prsentait toutes les caractristiques du ncessiteux, du vagabond, qui sen nourrissaient en la cueillant librement sur son lieu de plantation ou en la payant un prix modique ou mme en lobtenant par un acte charitable.
Avec un douro (cinq centimes), au moment o le rial (deux centimes) et le franque (5) avaient encore un pouvoir dachat et donc un usage courant, on pouvait sen procurer aisment dix units de handiya, voire plus. Et quand loffre tait abondante par rapport la demande et que le march sen trouva au creux de la vague, les vendeurs se dbarrassaient de leur marchandise en labandonnant aux animaux qui en raffolent. Consommer de la handiya tait, selon une certaine reprsentation du bien tre, un acte vil qui met nu la prcarit des conditions de vie du consommateur. Or, la pauvret tait considre comme une tare sociale difficile supporter et ce en dpit de sa quasi gnralit. Cependant, la diffrence des jeunes, les anciens qui, tous navaient quitt leurs campanes que par une ncessit indpassable, ny voyaient quun acte ordinaire, normal, et beaucoup dentre eux, dont le patriarche, se souvenaient quils partageaient avec leurs animaux, la consommation de ce produit de la nature dont le cot de production, excepte leffort la cueillette, tait nul. Le cactus qui donne ce fruit tait surtout utilis comme clture pour dlimiter lespace priv familial dans les campagnes.
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(4)- Lexpression dorigine serait ya (Oh) Allah, qui signifie que lon demande laide dAllah.
(5)- Il sagit du mot franc dform pour ladapter au dialecte arabe local.

* Les pisodes prcdents de "Chronique dune journe particulire":
1 - Smayem :
2 - Ds l'aube une chaleur intense :
3 - Bent Mohand parle aux poules ! :
4 - Dialogue entre le patriarche et sa femme sur les saints :
5 - Le patriarche assume son rle de chef de la famille : ...................... suivre




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